Entraîner sa rationalité pour mieux décider sur les marchés

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

L'apport des neurosciences sur votre performance de moyen/long terme


Peut-être pensez-vous être rationnel parce que vous avez l'habitude de raisonner. Mais face à l'incertitude, le cerveau n'accède pas à la rationalité de la même manière. La rationalité, notamment sur les marchés financiers, trouve sa place entre efforts cognitifs, croyances, instinctives ou culturelles, émotions et, enfin, biais. Alors pourquoi la rationalité est-elle le seul allié fiable sur es marchés ? Sans rationalité, il n'est pas possible d'apprendre et donc d'acquérir de l'expérience. Comment générer de la performance dans la durée sans cela ? La performance est toujours passagère lorsque la compréhension est superficielle. Si vous ne comprenez pas ce qui fait votre performance, vous ne gagnerez que jusqu'à perdre la totalité de ce que vous avez accumulé. Comme si vous rejouiez toutes semaines votre patrimoine à pile ou face.

Sans rationalité, la performance ne peut durer.

Nous avons tous une connaissance des biais cognitifs. Nous avons tous une compréhension plus ou moins complète du fonctionnement des marchés financiers. C'est pourquoi nous nous sentons immunisés. Mais, le besoin de recourir à des croyances est aussi viscéralement humain que le besoin de s'alimenter. Or, ce sont les croyances qui ouvrent la brèche aux biais, aux illusions et aux manipulations. Pensez-vous vraiment pouvoir vous affranchir de 2 millions d'années d'évolution ?

Objectif de l'article

  1. Comprendre comment notre irrationalité prend naissance au plus profond de nous et pourquoi nous ne pouvons pas éviter l'apparition de biais cognitifs.

  2. Montrer qu'il est possible d'accélérer l'acquisition d'expérience sur les marchés financiers.

  3. Savoir comment déceler l'irrationalité dans vos décisions. Savoir comment ancrer durablement la rationalité de vos raisonnements financiers. Savoir qu'il est possible d'utiliser au quotidien un sparring partner pour les marchés.


Résumé

Alors même que les Hommes sont l'espèce animale intelligente par excellence, la rationalité n'est pas une priorité biologique. Il existe une pyramide des priorités du cerveau face à l'incertitude et la rationalité y arrive en fin. La rationalité a permis à l'Homme de s'imposer dans le règne animal. Mais sur 300 000 ans d'évolution de l'Homme moderne, elle n'a pas été la faculté la plus importante pour assurer la survie. Cette évolution a impacté la structuration de notre cerveau. Elle articule toujours nos pensées actuelles. Des croyances, même fausses, sont parfois nécessaires pour agir. C'est pourquoi, il n'est pas toujours possible d'accéder à la rationalité, y compris lorsque nous en avons besoin pour prendre des décisions, notamment d'investissement. Notre irrationalité est, en quelque sorte, le prix à payer de notre succès évolutionniste. Néanmoins, les croyances fausses sont des sources d'incohérence, dans le temps et entre les gens, ce qui empêche de tirer des enseignements. La première priorité de notre cerveau est d'éviter l'inaction face à un danger, utilisant pour cela les couches les plus anciennes, reptiliennes, de notre cerveau. Nous verrons ensuite comment les émotions permettent au cerveau de ne pas raisonner rationnellement, pour éviter des risques plus importants que les erreurs. Tout d'abord, éviter l'anéantissement mental. Puis, pour éviter d'être séparer du groupe auquel nous appartenons d'un point de vue affectif. Enfin, seulement, il est possible pour notre cerveau d'atteindre la rationalité.

Garder en tête les ordres de priorité de notre cerveau permet de désamorcer les biais cognitifs. Nous n'avons pas à avoir honte de nos biais cognitifs. Ils sont naturels et n'ont rien à voir avec une quelconque tare. Néanmoins, ils sont nocifs pour notre rationalité sur les marchés, notre acquisition d'expérience et, donc, notre performance de long terme. Pourtant, l'irrationalité ne mène pas nécessairement à l'échec. Nous étudierons plusieurs cas emblématiques où l'irrationalité a mené au succès. C'est sur la durée, dans la répétition, que le manque de rationalité mène à l'échec. En d'autres mots, la rationalité est nécessaire à l'apprentissage et à l'acquisition d'expérience. C'est la partie du cerveau qui s'appelle l'hippocampus qui est en charge de tout cela. L'hippocampus est la structure du cerveau qui permet la création des souvenirs (transformation de la mémoire immédiate en mémoire longue) et l'accès à la mémoire, notamment lors de la formation des projets. Il permet à la fois de construire les projets et de vérifier s’ils sont réalisables, en s'appuyant sur la cohérence qu'il croit extraire des souvenirs disponibles dans notre mémoire. Il s'assure de ne pas sur-dramatiser pour ne pas se dissuader systématiquement d'agir. Mais l'hippocampus doit aussi inhiber les mauvaises stratégies de résolution des problèmes, pour ne pas nous embarquer dans actions dangereuses. Ce travail de l'hippocampus est notamment à l'origine du "stress", que l'on peut ressentir face à un projet. Le "stress", c'est l'hippocampus qui, "inconsciemment", nous avertit que, sur la base de ce qu'il a en mémoire, ce que nous avons décidé "consciemment" de faire, n'est pas crédible, et donc probablement non réalisable. Dans cette vidéo, le professeur Antonio Damasio du Brain and Creativity Institute de l'Université de Californie du Sud, spécialiste des neurosciences en lien avec l'hippocampus, explique par exemple pourquoi l'entrainement de l'hippocampus a permis à Florent Manaudou de devenir champion olympique du 50m. Voir Antonio Damasio à partir de 9 min 22 et jusqu'à 12 min 26 :

En s'appuyant sur la mécanique de mise en mémoire dans l'apprentissage par le biais des signatures émotionnelles (ou ancres émotionnelles) orchestrée par l'hippocampus, il est possible d'accélérer l'acquisition d'expérience. Il suffit de créer des contextes d'investissement dans lesquels on s'investit émotionnellement, puis de valider notre compréhension dans le présent en réalisant des anticipations similaires. De manière concrète, la conception/UX de l'app Smart Alerts reprend les enseignements de Damasio notamment pour accélérer l'acquisition d'expérience sur les marchés.

  1. Notifications : information précise mais ciblée

  2. Effort cognitif assisté par l'ingénierie financière pour faire ressortir des relations impossibles à identifier avec le seul calcul cérébral

  3. Exploration et aide aux ancrages émotionnels

En pratique, pour rester rationnel en toutes circonstances, notre esprit a besoin de s'exercer régulièrement. Il n'est pas automatique d'être rationnel. Ce n'est pas un réflexe. C'est une discipline dont nous sommes capables, mais ce n'est pas une priorité qui a été définie par notre évolution. Il est nécessaire de rester actif mentalement, y compris lorsque l'on ne fait rien sur le marché, de manière à être en forme lorsque les circonstances l'exigeront.

#1 Pour renforcer notre rationalité, la première étape consiste à nettoyer notre réflexion avec des informations valides, prouvées et vérifiées. C'est pourquoi nous devons chercher des informations précises, donc détaillées, et choisies, donc ciblées. Sinon, il est trop complexe de s'assurer de la qualité de l'information sur laquelle nous bâtissons notre réflexion.

Moins d'information, mais de meilleure qualité, pour une detox de notre réflexion.

#2 L’hippocampus un outil extrêmement puissant pour décrypter les environnements complexes et incertains, à l’origine de l’intuition, de la rationalisation et de l’instinct. Grâce à l’hippocampus, le cerveau est capable d’extrapoler de manière cohérente et crédible les fruits de notre expérience et de notre apprentissage. Les croyances peuvent devenir de plus en plus pertinentes en entrainant notre hippocampus. L'hippocampus est responsable de l'attribution des probabilités de vraisemblance aux différents scénarios issus de notre créativité. Nous pouvons l'entrainer spécifiquement sur les titres et les configuration de marchés qui conviennent le mieux à notre style d'investissement.

Sur des cycles courts, nous pouvons entraîner notre hippocampus. Au lieu de miser sur l'apprentissage par la punition des pertes financière rares mais importantes, il est possible de miser sur des récompenses, petites mais fréquentes, délivrées par sécrétion de dopamine lorsque nous avons eu raison.


Plan

  1. Un sujet qui n'a rien de nouveau

  2. Les origines paléolithiques de nos biais cognitifs

  3. Des exemples de croyances irrationnelles pour agir

  4. Faits, croyances subjectives et intersubjectives pour décider

  5. L'importance des croyances inter-subjectives en finance

  6. Les paradoxes irrationnels vus par les chercheurs en économie

  7. La mécanique de la prise de décision dans le cerveau

  8. La pyramide des priorités du cerveau face à l'incertitude

1 - Un sujet aussi vieux que la bourse elle-même

Ce sujet n'est pas d'actualité. Il est vieux. En 1670, 60 ans après la création de la 1ère entreprise cotée, l'un des traders de matières premières de l'époque (et philosophe), Spinoza, disait déjà :

"Si les hommes étaient capables de gouverner toute la conduite de leur vie par un dessein réglé, si la fortune leur était toujours favorable, leur âme serait libre de toute superstition. Mais comme ils sont souvent placés dans un si fâcheux état qu'ils ne peuvent prendre aucune résolution raisonnable, comme ils flottent presque toujours misérablement entre l'espérance et la crainte, pour des biens incertains qu'ils ne savent pas désirer avec mesure, leur esprit s'ouvre alors à la plus extrême crédulité; il chancelle dans l'incertitude ; la moindre impulsion le jette en mille sens divers, et les agitations de l'espérance et de la crainte ajoutent encore à son inconstance."

Que restera-t-il de vos trades si les banques centrales changent de politique monétaire ou que certaines révolutions technologiques se concrétisent ? Aurez-vous su adapter votre portefeuille à temps ou serez-vous resté dans des croyances, construite sur vos biais cognitifs ou des informations erronées ? Si vous ne savez pas pourquoi vous gagnez aujourd'hui, vous ne saurez pas demain quand et comment sécuriser vos gains. Validé par 300 000 ans d'évolution, nous croyons que la rationalité est la solution à tous vos problèmes sur les marchés financiers. Vous êtes armés contre les intrusions mentales. Votre cerveau est capable d'être logique et la démarche scientifique [1] vous explique comment le mettre en place au quotidien. Et grâce à hippocampus HPC, vous avez aussi maintenant un moyen pour entrainer méthodiquement votre hippocampus à être rationnel dans vos décisions d'investissement.

2 - L'héritage paléolithique de notre cerveau

Nos biais cognitifs n'échappent à Darwin et sont des réponses aux contraintes que notre espèce a rencontrées au cours de son évolution. L'homme moderne actuel et l'homme moderne du paléolithique, qu'on appellera Sapiens (en référence au livre Sapiens d'Harari [2] ), sont génétiquement identiques. Au cas où vous auriez peur de confondre, le paléolithique est la période d'avant le néolithique, qui est la période pendant laquelle l'Homme a découvert l'agriculture, l'écriture et la naissance des États. Le paléolithique est donc la période où les Hommes sont uniquement des chasseurs-cueilleurs. Vous pouvez vous référer aux cours donnés au Collège de France par le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin et le généticien de l'évolution humaine Lluis Quintana-Murci pour découvrir les avancées récentes incroyables de ce domaine. De manière à avoir les dates importantes en tête, voici un schéma de rappel :